Une histoire adolescente au bord du vertige
Until Then fait partie de ces jeux narratifs qui avancent doucement, presque timidement, avant de révéler une ampleur émotionnelle bien plus grande que ce que son apparence pouvait laisser imaginer. Derrière son style pixel art très soigné, ses décors urbains inspirés des Philippines, ses discussions de lycéens et son rythme de tranche de vie, le jeu cache une expérience intime, mélancolique et parfois bouleversante. Il ne cherche pas à impressionner par une action permanente, ni à multiplier les mécaniques complexes pour donner l’illusion de profondeur. Sa force vient plutôt de sa manière de regarder ses personnages vivre, se tromper, rire, mentir, regretter, se rapprocher et parfois s’éloigner sans vraiment savoir pourquoi. Until Then parle d’adolescence, mais pas seulement au sens scolaire ou sentimental du terme. Il parle de ce moment étrange où l’avenir commence à peser, où les amitiés deviennent plus fragiles, où les souvenirs prennent une importance disproportionnée et où chaque détail du quotidien peut soudain résonner comme quelque chose de plus grand. Le jeu installe une atmosphère à la fois familière et inquiétante, avec cette sensation que la vie continue normalement pendant que quelque chose, quelque part, se dérègle lentement. C’est précisément ce mélange entre simplicité apparente et malaise diffus qui rend l’expérience aussi marquante.
Une écriture humaine qui donne du poids au quotidien
La plus grande réussite d’Until Then se trouve dans son écriture. Le jeu prend le temps de construire ses personnages à travers des scènes ordinaires, souvent banales en surface, mais toujours utiles pour donner de l’épaisseur au récit. Les conversations entre Mark, ses camarades et les autres figures qui croisent son chemin ne cherchent pas constamment la grande phrase dramatique ou le moment spectaculaire. Au contraire, elles s’appuient sur des échanges naturels, parfois maladroits, parfois drôles, parfois un peu vides comme peuvent l’être de vraies discussions entre adolescents. Cette approche rend les personnages crédibles. Ils ne sont pas seulement définis par leurs blessures ou par leur rôle dans l’intrigue. Ils existent aussi par leurs habitudes, leurs silences, leurs blagues, leurs messages envoyés trop vite, leurs petites lâchetés et leurs élans de sincérité. Until Then comprend très bien que l’attachement ne naît pas forcément des grandes révélations, mais de l’accumulation de petits instants. Un trajet en train, une sortie entre amis, une conversation sur un téléphone ou une hésitation face à une personne importante peuvent devenir des scènes fortes parce que le jeu a pris le temps de les installer. Cette lenteur pourra déstabiliser les joueurs qui attendent une intrigue immédiatement tendue, mais elle sert un propos clair. Le quotidien devient le terrain sur lequel les émotions se construisent, avant que les éléments plus mystérieux du scénario ne viennent troubler cette normalité. Le jeu réussit ainsi à créer une proximité rare avec son univers. Même lorsque l’histoire prend une direction plus étrange, la base émotionnelle reste solide, car elle repose sur des relations humaines déjà bien ancrées. Visuellement, Until Then possède une identité très forte. Son pixel art ne se contente pas d’être joli ou nostalgique. Il sert constamment l’ambiance et le rythme du jeu. Les environnements ont une vraie personnalité, qu’il s’agisse des rues animées, des salles de classe, des transports, des chambres ou des lieux plus calmes qui semblent suspendus hors du temps. Chaque décor donne l’impression d’avoir été pensé pour raconter quelque chose, même lorsqu’aucun dialogue important ne s’y déroule. Les arrière-plans fourmillent de détails sans devenir illisibles, les animations apportent beaucoup de vie aux personnages, et certains plans parviennent à créer une émotion immédiate avec très peu d’éléments. Le jeu utilise aussi très bien les écrans de téléphone, les réseaux sociaux et les conversations numériques. Ces séquences auraient pu devenir de simples gadgets, mais elles participent pleinement à la manière dont les personnages communiquent. Les messages, les notifications et les interactions en ligne donnent une texture moderne au récit, tout en rappelant à quel point les relations adolescentes passent aujourd’hui par des espaces fragmentés, parfois sincères, parfois trompeurs. La bande-son accompagne cette mise en scène avec beaucoup de délicatesse. Elle sait rester discrète, puis prendre plus de place lorsque l’émotion l’exige. Certaines mélodies reviennent comme des souvenirs, renforçant cette impression que le jeu parle autant du présent que de ce qui a déjà été perdu. La direction artistique et sonore forme ainsi un ensemble cohérent, où chaque choix esthétique soutient l’intimité du récit. Until Then n’a pas besoin d’un réalisme technique impressionnant pour toucher juste. Il trouve dans ses pixels, ses lumières et ses musiques une façon très personnelle de rendre le monde à la fois chaleureux, fragile et légèrement inquiétant.
Une expérience narrative forte, mais pas toujours parfaitement rythmée
Until Then reste avant tout une aventure narrative, et c’est à la fois sa force et sa principale limite. Le jeu propose quelques interactions, des déplacements, des mini-jeux et des séquences plus ludiques qui viennent varier le rythme, mais l’essentiel repose sur la lecture, l’observation et l’attachement aux personnages. Pour les amateurs de récits posés, ce choix fonctionne très bien. Le jeu laisse respirer ses scènes, ne cherche pas à tout accélérer et accepte même certains moments de flottement pour renforcer l’impression de vie quotidienne. Cependant, cette générosité peut parfois donner une sensation de longueur. Certaines séquences auraient gagné à être légèrement resserrées, surtout lorsque les dialogues s’étirent sans apporter autant de nuances que les meilleures scènes. Le rythme global reste maîtrisé, mais il demande une vraie disponibilité. Until Then ne se joue pas comme une œuvre que l’on traverse distraitement entre deux sessions rapides. Il réclame de l’attention, de la patience et une forme d’abandon à son ambiance. Le mystère qui accompagne le récit apporte une tension intéressante, mais son traitement peut aussi diviser. Le jeu mêle chronique adolescente, drame intime et éléments plus troubles avec une ambition évidente. Cette hybridation donne de très beaux moments, notamment lorsque l’étrange vient fissurer une scène en apparence ordinaire. Mais elle peut aussi donner l’impression que certains passages veulent trop en dire, ou que l’émotion aurait parfois suffi sans avoir besoin d’ajouter davantage de complexité narrative. Malgré cela, l’ensemble conserve une vraie cohérence émotionnelle. Même lorsque le scénario prend des détours moins fluides, le cœur du jeu reste solide : ses personnages, leurs liens et cette question persistante sur ce que l’on garde, ce que l’on oublie et ce que l’on aimerait pouvoir réparer.
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Les plus Les moins
Points positifs
- Une écriture touchante, naturelle et très humaine
- Des personnages crédibles, attachants et bien développés
- Une direction artistique pixel art superbe et pleine de détails
- Une ambiance sonore délicate qui renforce l’émotion
- Un mélange réussi entre tranche de vie, drame intime et mystère
Points négatifs
- Un rythme parfois lent, surtout dans certaines séquences dialoguées
- Des mini-jeux simples qui n’apportent pas toujours grand-chose
- Quelques passages narratifs qui auraient gagné à être plus resserrés
- Une expérience très centrée sur la lecture, pas adaptée à tous les joueurs
- Certains éléments mystérieux peuvent sembler un peu trop appuyés
En conclusion
Until Then n’est pas un jeu parfait, mais c’est précisément son mélange de maladresse, de sincérité et d’ambition qui le rend aussi attachant. Il possède cette qualité rare des œuvres qui restent en tête après la fin, non pas seulement pour leurs rebondissements, mais pour une ambiance, un regard, une musique, une conversation ou une image qui continue de résonner. Son rythme lent et sa nature très narrative ne conviendront pas à tous les profils de joueurs. Ceux qui cherchent une aventure dynamique, remplie de mécaniques ou de choix aux conséquences visibles, risquent de rester à distance. En revanche, les amateurs de récits sensibles, de personnages bien écrits et d’expériences contemplatives y trouveront une œuvre marquante. Until Then parle de perte, de mémoire, d’amitié, de regrets et de passage à l’âge adulte avec une pudeur souvent remarquable. Le jeu sait toucher sans trop forcer, même s’il lui arrive parfois d’insister ou de s’étirer un peu plus que nécessaire. Sa direction artistique, son atmosphère et son écriture compensent largement ces faiblesses. C’est une aventure qui mérite d’être abordée avec calme, sans chercher à la consommer trop vite. Elle se savoure comme un souvenir que l’on reconstitue morceau par morceau, avec la sensation douce-amère que certaines choses importantes ne se comprennent vraiment qu’après coup. Until Then n’est pas seulement un beau jeu narratif. C’est une expérience sensible, mélancolique et sincère, capable de transformer des scènes très simples en moments qui comptent.
Testé par Anthony TAELMAN (Tùni)
"Joueur depuis ma plus tendre enfance, j'ai pris la première claque de ma vie en 1996 avec Resident Evil. Créateur en 2012 de CN Play, et toujours à sa tête, mon expérience de nombreuses années dans le domaine du jeu vidéo est maintenant au service de ma talentueuse équipe."