Un retour attendu dans l’ombre

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Styx : Blades of Greed marque le retour d’une licence qui a toujours assumé sa différence dans le paysage vidéoludique. Là où de nombreux jeux d’action flirtent avec l’infiltration sans jamais vraiment l’embrasser, cet épisode choisit au contraire de s’y consacrer pleinement. L’expérience proposée repose sur la patience, l’observation et la compréhension fine des systèmes. Il ne s’agit pas simplement d’éviter des gardes, mais d’apprendre à lire un environnement, à exploiter ses failles et à disparaître sans laisser de trace. Ce nouvel opus cherche clairement à enrichir la formule établie par les précédents volets, notamment Styx : Master of Shadows et Styx : Shards of Darkness. L’ambition se ressent dans l’ampleur des zones, dans la densité des possibilités et dans le soin apporté aux détails. Le jeu ne cherche pas à se transformer en blockbuster spectaculaire. Il reste fidèle à son identité, celle d’un titre exigeant, parfois impitoyable, mais profondément gratifiant pour celles et ceux qui acceptent ses règles.

Un terrain de jeu minutieusement construit

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Le level design constitue sans conteste la pierre angulaire de l’expérience. Chaque mission s’articule autour d’espaces vastes et interconnectés, pensés pour être explorés verticalement autant qu’horizontalement. Toits, poutres, balcons, galeries suspendues et conduits étroits créent un véritable labyrinthe organique. Rien n’est décoratif. Chaque élément semble avoir été placé pour offrir une possibilité supplémentaire, un angle d’approche alternatif ou une échappatoire de dernière seconde. La verticalité joue un rôle central. Observer une zone depuis les hauteurs permet de comprendre les rondes ennemies, d’identifier les zones éclairées et de repérer les points faibles du dispositif. Ce travail d’observation transforme chaque infiltration en puzzle dynamique. Il ne s’agit pas d’appliquer une solution prédéfinie, mais de construire sa propre stratégie en fonction des risques acceptés. La liberté d’approche impressionne. Une cible peut être atteinte en traversant les égouts, en progressant sur les toits ou en manipulant les gardes pour les isoler. Certaines missions autorisent même un passage sans aucune élimination, récompensant la discrétion pure. Cette souplesse renforce l’immersion. L’environnement devient un partenaire actif plutôt qu’un simple décor. Les mécaniques d’infiltration ont été affinées avec soin. Styx dispose d’un éventail de compétences qui favorisent la ruse plutôt que l’affrontement direct. Invisibilité temporaire, création de diversions, manipulation de l’ombre ou utilisation d’outils pour neutraliser silencieusement un adversaire. Chaque capacité possède une utilité précise et demande une gestion attentive des ressources. La tension naît de cette fragilité constante. Styx n’est pas un guerrier. En combat frontal, la défaite arrive rapidement. Cette vulnérabilité structure toute l’expérience. Elle pousse à réfléchir avant d’agir, à anticiper les conséquences d’un bruit mal maîtrisé ou d’une silhouette aperçue trop longtemps sous une torche. L’intelligence artificielle se montre vigilante. Les gardes réagissent aux bruits, aux cadavres découverts et aux comportements suspects. Une erreur peut provoquer une alerte généralisée qui complique fortement la progression. Cette sévérité contribue à l’authenticité de l’infiltration, mais elle peut aussi frustrer. Certaines détections semblent parfois abruptes, et le sentiment d’injustice peut surgir lorsque la marge d’erreur paraît trop mince. Malgré cela, la cohérence globale des systèmes reste solide. Les règles sont compréhensibles et constantes. Une fois maîtrisées, elles permettent des séquences d’infiltration d’une grande fluidité. Réussir à traverser une zone entière sans déclencher la moindre alarme procure une satisfaction rare, comparable à celle d’un plan exécuté à la perfection.

Un cynisme toujours assumé

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L’univers de Styx conserve sa tonalité sombre et désenchantée. Les décors oscillent entre forteresses austères, quartiers industriels et lieux marqués par la corruption et la décadence. La direction artistique privilégie les ambiances nocturnes, les jeux d’ombre et les contrastes lumineux, renforçant naturellement la dimension furtive du gameplay. Le protagoniste reste fidèle à lui-même. Sarcastique, lucide et souvent méprisant envers ses adversaires comme envers ses alliés, Styx apporte une dimension narrative singulière. Ses commentaires ponctuent l’aventure d’un humour noir parfois grinçant. Cette personnalité tranche avec le sérieux de l’intrigue et évite à l’ensemble de sombrer dans un ton excessivement solennel. La narration, en revanche, demeure fonctionnelle. Les enjeux politiques et les rivalités entre factions servent de moteur aux missions, mais la mise en scène reste relativement sobre. Les séquences scénarisées sont efficaces sans être spectaculaires. Certains personnages secondaires manquent de profondeur, et l’émotion passe davantage par l’ambiance générale que par des moments narratifs marquants. La bande sonore soutient habilement l’atmosphère. Les musiques restent discrètes, laissant la place aux bruits ambiants. Le son d’une patrouille qui approche ou d’une porte qui grince devient un élément central de la tension. L’immersion repose sur cette accumulation de détails plus que sur de grands effets dramatiques.

Galerie Photos

Vidéo

Les plus Les moins

Points positifs

  • Level design vaste, vertical et intelligent
  • Liberté d’approche impressionnante
  • Systèmes d’infiltration profonds et cohérents
  • Ambiance sombre très immersive
  • Personnalité marquante du protagoniste

Points négatifs

  • Difficulté parfois frustrante
  • Intelligence artificielle parfois trop punitive
  • Mise en scène narrative assez discrète
  • Quelques déséquilibres dans certaines phases
  • Personnages secondaires peu mémorables

En conclusion

8
Styx : Blades of Greed s’impose comme une expérience d’infiltration dense, réfléchie et exigeante. Le jeu ne cherche pas à séduire par la facilité ni par le spectaculaire. Il revendique une approche méthodique où chaque déplacement compte. Cette fidélité à son identité constitue sa plus grande qualité. L’ensemble n’est pas exempt de défauts. La difficulté peut rebuter, certaines phases manquent de souplesse et la narration aurait gagné à être plus ambitieuse. Pourtant, la cohérence du design et la richesse des possibilités l’emportent largement. Le jeu respecte l’intelligence du joueur et valorise la patience. Pour les amateurs d’infiltration pure, l’expérience se révèle profondément satisfaisante. Elle récompense la planification, l’audace calculée et la maîtrise des systèmes. Styx confirme ainsi sa place dans un genre qui se fait rare, en proposant une aventure sombre, exigeante et remarquablement construite.

Testé par Anthony TAELMAN (Tùni)

Tùni
"Joueur depuis ma plus tendre enfance, j'ai pris la première claque de ma vie en 1996 avec Resident Evil. Créateur en 2012 de CN Play, et toujours à sa tête, mon expérience de nombreuses années dans le domaine du jeu vidéo est maintenant au service de ma talentueuse équipe."
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