Le choc de science-fiction qui s’impose déjà comme un prétendant au jeu de l’année

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Pragmata fait partie de ces jeux qui ne donnent pas seulement l’impression d’avoir été attendus longtemps, mais d’avoir profité de cette attente pour construire une vraie identité. Il aurait été facile de réduire le projet à une nouvelle production de science-fiction spectaculaire, portée par une belle technique, quelques mystères lunaires et une ambiance froide. Pourtant, le résultat va beaucoup plus loin. Dès ses premières heures, Pragmata impose un ton, une présence, une manière de raconter et de faire jouer qui le placent immédiatement au-dessus de la moyenne. Le titre ne cherche pas à plaire par accumulation, ni à cocher toutes les cases du grand jeu d’action moderne. Il avance avec une forme de confiance tranquille, presque déroutante, comme s’il savait exactement où il voulait emmener le joueur. Et cette assurance se ressent partout : dans ses décors lunaires, dans ses combats, dans sa mise en scène, dans son duo principal, mais aussi dans les silences, les respirations et les petits détails qui donnent du relief à son univers. Pragmata est un jeu froid en apparence, mais profondément humain dans ce qu’il raconte. L’opposition entre Hugh, silhouette massive et fatiguée, et Diana, présence plus fragile, plus mystérieuse, plus lumineuse aussi, donne immédiatement une âme à l’aventure. Leur relation devient la colonne vertébrale du jeu, bien au-delà du simple prétexte narratif. Elle influence la progression, nourrit les combats, accompagne l’exploration et donne du poids à chaque moment de tension. Dans un paysage vidéoludique où beaucoup de grosses productions impressionnent techniquement sans toujours laisser une trace durable, Pragmata parvient à faire les deux. Il impressionne et il reste en tête. Il amuse, il surprend, il touche. Surtout, il possède cette qualité devenue rare : une personnalité. Rien ne semble interchangeable. Les environnements ne pourraient pas appartenir à n’importe quel jeu. Le duo central ne ressemble pas à une simple variation de personnages déjà vus. Les combats ne se contentent pas de recycler des recettes confortables. Tout n’est pas absolument parfait, mais l’ensemble atteint un niveau de cohérence et d’intensité qui force le respect. Pragmata n’est pas seulement une excellente aventure de science-fiction. C’est un jeu exceptionnel, l’un de ceux qui s’invitent naturellement dans la conversation autour du jeu de l’année.

Une science-fiction froide, élégante et immédiatement mémorable

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La première grande force de Pragmata vient de son univers. Le jeu comprend parfaitement que la science-fiction ne devient marquante que lorsqu’elle dépasse le simple décor. Ici, la Lune n’est pas seulement un lieu exotique ou un argument visuel. Elle devient une prison silencieuse, un espace presque inhumain, un territoire suspendu entre beauté et malaise. Les installations traversées dégagent une impression de propreté anormale, comme si tout avait été conçu pour fonctionner sans présence humaine, sans chaleur, sans imprévu. Les couloirs métalliques, les laboratoires abandonnés, les baies vitrées ouvertes sur l’immensité lunaire et les zones techniques noyées dans les lumières artificielles composent un monde fascinant, mais jamais vraiment accueillant. Le jeu donne constamment l’impression que quelque chose a été arraché à cet endroit. Il y a eu de la vie, des recherches, des ambitions, peut-être même une forme d’utopie. Il ne reste plus qu’une architecture froide, des systèmes hostiles et des traces d’un projet qui a échappé à ses créateurs. Cette ambiance fonctionne parce qu’elle n’est jamais surlignée avec lourdeur. Pragmata préfère installer le doute plutôt que tout expliquer immédiatement. Les meilleurs environnements racontent déjà une histoire avant même qu’un dialogue vienne la commenter. Un poste de travail abandonné, une salle trop propre, une machine encore active malgré l’absence de tout personnel, une lumière qui clignote dans un silence complet : le jeu sait utiliser le décor pour créer de la tension. Visuellement, le résultat est superbe. La direction artistique trouve un équilibre remarquable entre réalisme technologique et étrangeté presque clinique. Tout paraît crédible, mais jamais banal. Les matières, les reflets, les armures, les écrans, les drones et les machines possèdent cette précision qui donne envie d’observer. Même dans les moments plus nerveux, le jeu conserve une lisibilité très appréciable, ce qui n’est pas un détail dans une œuvre aussi dense visuellement. Les ennemis se distinguent bien, les attaques restent compréhensibles, les effets visuels renforcent l’action sans l’étouffer. Cette maîtrise technique sert directement l’immersion. Elle ne devient pas une simple démonstration de puissance, elle participe à la sensation d’être coincé dans un monde magnifique et menaçant. La mise en scène adopte la même intelligence. Pragmata ne cherche pas constamment à produire de grands moments spectaculaires. Il sait quand ralentir, quand laisser un plan respirer, quand faire naître l’inquiétude dans un mouvement de caméra ou dans un simple changement de lumière. Cette retenue donne davantage d’impact aux scènes plus explosives. Quand l’action s’emballe, elle le fait dans un univers déjà solidement installé. Le joueur ne traverse pas une suite d’arènes anonymes. Il progresse dans un lieu qui semble avoir une histoire, une logique et des blessures. Cette cohérence donne au jeu une identité forte, presque instantanée. Dès les premières heures, Pragmata s’imprime dans la mémoire, non pas parce qu’il cherche l’effet à tout prix, mais parce qu’il possède une atmosphère que peu de jeux peuvent revendiquer avec autant d’assurance. Le cœur de Pragmata, c’est évidemment son duo. Hugh et Diana ne sont pas seulement deux personnages placés côte à côte pour accompagner une intrigue. Ils représentent deux manières de percevoir le monde. Hugh avance avec le poids de l’expérience, de la fatigue, de la survie immédiate. Il est physique, concret, souvent sous pression. Diana, au contraire, apporte une présence plus étrange, plus imprévisible, parfois presque enfantine dans sa curiosité, mais jamais réduite à un simple rôle décoratif. Elle n’est pas là pour attendrir mécaniquement le joueur. Elle est au centre du fonctionnement du jeu, de ses enjeux et de son émotion. Cette relation aurait pu tomber dans quelque chose de très attendu : un adulte protecteur, une jeune figure fragile, un lien qui se construit à coups de scènes sentimentales appuyées. Pragmata évite ce piège avec beaucoup de justesse. Le lien entre Hugh et Diana naît d’abord de la nécessité. Ils doivent coopérer pour survivre. Ils doivent apprendre à se comprendre. Ils doivent accepter leurs différences. Puis, progressivement, quelque chose de plus intime s’installe. Ce n’est pas une émotion forcée, ni un discours constamment souligné par la musique. C’est une confiance qui se construit à travers les gestes, les regards, les combats et les choix. Le gameplay joue ici un rôle essentiel. Diana n’existe pas seulement dans les cinématiques. Elle agit, intervient, ouvre des possibilités, permet de retourner des situations désespérées. Le jeu raconte l’importance du duo, mais surtout, il la fait ressentir. C’est une différence énorme. Beaucoup de titres affirment que deux personnages sont liés, tout en laissant le joueur agir presque seul. Pragmata, lui, transforme cette coopération en mécanique centrale. Les phases de piratage, les ouvertures créées pendant les affrontements, les moments où Diana devient indispensable pour avancer ou survivre, tout cela renforce l’attachement. À force de compter sur elle, la relation devient naturelle. À force de voir Hugh dépendre de ses capacités, son rôle prend une ampleur qui dépasse largement celui d’une alliée secondaire. La VF mérite également une mention appuyée. Elle est excellente, portée par une interprétation très juste qui donne aux personnages une vraie présence sans tomber dans l’exagération. La voix française de Hugh apporte une gravité, une retenue et une humanité qui collent parfaitement au personnage. Petite anecdote savoureuse : le doubleur de Hugh, Serge Thiriet, est Belge, et plus précisément Liégeois. Pour une ville comme Liège (qui est celle de votre serviteur), souvent moins associée aux grands récits du jeu vidéo international que Paris, Montréal ou Tokyo, ce détail a forcément une saveur particulière. Entendre une voix liégeoise occuper une place aussi importante dans un jeu de cette ampleur ajoute une proximité inattendue. Ce n’est pas seulement une curiosité locale. C’est aussi la preuve qu’une grande VF peut porter une œuvre ambitieuse avec caractère, nuance et personnalité. Dans Pragmata, le doublage français ne se contente pas d’accompagner l’image. Il renforce la crédibilité émotionnelle du voyage. Il donne de la chair à Hugh, de la douceur et du mystère à Diana, et il rend les échanges entre eux plus naturels. Cette qualité d’interprétation participe largement à l’attachement. Dans les scènes calmes, elle fait passer les hésitations et les non-dits. Dans les moments de tension, elle évite la surenchère et garde une forme de vérité. C’est précisément ce dosage qui rend le duo si fort. Hugh et Diana ne sont pas seulement efficaces ensemble. Ils deviennent mémorables.

Un gameplay intelligent, nerveux et parfaitement lié à la narration

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L’autre grande réussite de Pragmata tient à son gameplay. À première vue, le jeu pourrait être classé dans la grande famille des aventures d’action à la troisième personne, avec exploration, combats, esquives, armes et progression par zones. Mais cette description serait trop courte, presque injuste. La vraie force du titre vient de la manière dont il mélange action directe, lecture tactique, coopération et piratage. Les affrontements ne se limitent jamais à viser correctement et à tirer jusqu’à ce qu’une barre de vie disparaisse. Il faut observer, comprendre, créer une ouverture, choisir le bon moment, exploiter la faille, puis se replacer avant que la situation ne bascule. Pragmata donne souvent l’impression de transformer chaque combat en problème mouvant. Les ennemis ne sont pas seulement des obstacles. Ils imposent des rythmes, des angles, des priorités. Certains forcent à garder ses distances. D’autres obligent à bouger constamment. D’autres encore demandent de passer par Diana pour affaiblir leur défense ou ouvrir une fenêtre d’attaque. Cette construction donne aux affrontements une saveur particulière. Le joueur ne subit pas seulement une vague d’ennemis. Il apprend à lire une situation, puis à la démonter étape par étape. Quand tout fonctionne, le résultat est grisant. Hugh esquive une attaque de justesse, Diana lance une intervention décisive, une faille apparaît, l’arme adaptée entre en jeu, l’ennemi vacille, puis l’arène se libère dans une explosion de tension parfaitement contrôlée. Le jeu récompense la précision, mais aussi la réflexion. Il pousse à ne pas jouer mécaniquement. Il demande de s’adapter, de changer de rythme, de varier les outils et de comprendre comment chaque système complète l’autre. Cette approche crée une vraie montée en compétence. Plus l’aventure avance, plus les combats gagnent en richesse. Les améliorations ne sont pas là pour gonfler artificiellement des chiffres. Elles se ressentent dans la manière de jouer. Une capacité mieux maîtrisée, une arme renforcée, une option de piratage plus efficace ou une meilleure gestion des ressources peuvent transformer une rencontre difficile en séquence limpide. Le jeu donne ainsi le sentiment de progresser sans jamais effacer totalement la menace. Hugh devient plus capable, mais jamais invincible. Diana devient plus centrale, mais jamais automatique. Cette tension permanente évite la routine. Même après plusieurs heures, Pragmata conserve une belle énergie, parce que ses mécaniques restent reliées à ce que l’histoire raconte. La coopération n’est pas un gadget. La survie ne dépend pas d’un seul personnage. Les systèmes ne sont pas plaqués sur le récit, ils en sont le prolongement naturel. C’est là que le jeu se distingue vraiment. Il ne sépare pas la narration de l’action. Il ne raconte pas une chose pendant les cinématiques pour en faire une autre pendant les combats. Tout avance dans la même direction. Hugh et Diana doivent apprendre à fonctionner ensemble, et le joueur doit apprendre à faire exactement la même chose. Cette cohérence donne une densité rare à l’expérience. Bien sûr, quelques répétitions peuvent apparaître dans certaines séquences, surtout lorsque le jeu réutilise des types d’ennemis déjà bien connus ou prolonge un affrontement un peu plus que nécessaire. Mais ces petites limites ne cassent jamais le plaisir. Elles rappellent seulement que Pragmata reste un jeu d’action ambitieux, avec ses pics, ses respirations et ses moments moins surprenants. Dans l’ensemble, le rythme reste excellent. L’aventure avance avec une vraie maîtrise, alternant tension, exploration, combats plus techniques et scènes plus posées. À aucun moment le jeu ne donne l’impression de chercher uniquement à rallonger sa durée de vie. Il veut raconter quelque chose, construire un lien, faire monter une pression et offrir des affrontements qui ont du sens. C’est cette alliance entre intelligence de jeu et cohérence narrative qui fait de Pragmata bien plus qu’un simple très bon titre d’action.

Galerie Photos

Vidéo

Les plus Les moins

Points positifs

  • Une direction artistique superbe, avec une ambiance lunaire froide, élégante et mémorable
  • Le duo Hugh et Diana, parfaitement exploité dans la narration comme dans le gameplay
  • Des combats nerveux et intelligents, portés par une mécanique de coopération très réussie
  • Une VF excellente, avec une interprétation marquante de Hugh par Serge Thiriet
  • Une vraie identité de science-fiction, capable de mélanger spectacle, émotion et mystère

Points négatifs

  • Quelques affrontements réutilisent des schémas déjà vus dans la seconde partie
  • Certaines séquences auraient pu être légèrement raccourcies pour garder un rythme parfait
  • Quelques environnements secondaires marquent moins que les grandes zones principales

En conclusion

10
Pragmata est une réussite majeure. Il possède l’élégance des jeux qui ne cherchent pas à hurler leur importance, mais qui la prouvent progressivement, par leur maîtrise, leur ambiance et leur capacité à marquer durablement. Son univers lunaire fascine dès les premières minutes. Son duo central donne une âme à l’aventure. Son gameplay apporte une vraie fraîcheur à l’action, sans perdre en lisibilité. Sa VF, particulièrement soignée, renforce encore l’attachement aux personnages, avec ce détail très sympathique autour de Serge Thiriet, voix française de Hugh, Belge et Liégeois, qui ajoute une petite fierté locale à une production de dimension internationale. L’ensemble forme un jeu rare, capable de réunir spectacle, émotion, tension et personnalité. Pragmata n’est pas parfait dans chaque seconde, mais il touche souvent à l’excellence. Ses rares faiblesses ne pèsent pas lourd face à la force de son identité et à la qualité de son exécution. Certains jeux impressionnent sur le moment puis s’effacent rapidement. Celui-ci appartient à une autre catégorie. Il laisse des images, des sons, des sensations et un duo auquel il est difficile de ne pas repenser. Dans une année vidéoludique pourtant chargée, Pragmata s’impose sans difficulté comme l’un des grands candidats au titre de jeu de l’année. Il a l’ambition, la finition, le cœur et la singularité nécessaires pour rester dans les mémoires. Capcom signe ici une œuvre de science-fiction exceptionnelle, à la fois spectaculaire et intime, froide en surface mais profondément humaine dans ce qu’elle raconte. Un grand jeu, tout simplement.

Testé par Anthony TAELMAN (Tùni)

Tùni
"Joueur depuis ma plus tendre enfance, j'ai pris la première claque de ma vie en 1996 avec Resident Evil. Créateur en 2012 de CN Play, et toujours à sa tête, mon expérience de nombreuses années dans le domaine du jeu vidéo est maintenant au service de ma talentueuse équipe."
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