Le retour d’un nom culte dans un paysage saturé

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Avec Marathon, Bungie ne signe pas seulement le retour d’une licence historique, mais une tentative ambitieuse de redéfinir sa place dans le jeu de tir moderne. Là où beaucoup attendaient un simple exercice de nostalgie habillé avec les standards actuels, le studio livre une œuvre qui cherche plutôt à fusionner héritage, tension compétitive et sens du spectacle. Testé sur Xbox Series X, ce nouvel épisode se présente comme un shooter exigeant, nerveux et volontairement déroutant dans ses premières heures. Ce n’est pas un jeu qui cherche à flatter immédiatement le joueur, ni à l’accompagner avec une générosité constante. Il préfère imposer son rythme, ses systèmes, sa lecture des affrontements et son univers. C’est précisément ce choix qui fait toute sa singularité, mais aussi une partie de ses limites. Dès les premières parties, Marathon impose une direction artistique marquante. Bungie retrouve ce mélange de science-fiction froide, de technologie opaque et de mystère presque clinique qui donne à l’ensemble une vraie personnalité. Ce monde n’a rien d’un décor interchangeable conçu pour servir uniquement de toile de fond à l’action. Chaque zone, chaque interface, chaque effet visuel semble participer à une identité cohérente, presque obsessionnelle, qui distingue immédiatement le jeu d’une grande partie de la concurrence. Dans un marché saturé d’univers futuristes parfois sans relief, Marathon réussit à exister visuellement et tonalement. Rien que pour cela, le titre attire, intrigue et donne envie d’y revenir, même après une session frustrante.

Un gunplay de très haut niveau, porté par le savoir-faire Bungie

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S’il y a un domaine dans lequel Bungie continue de dominer une large partie du secteur, c’est bien celui des sensations de tir. Marathon en apporte une nouvelle démonstration. Sur Xbox Series X, la prise en main est immédiate dans ce qu’elle a de plus physique. Les armes ont du poids, de la lisibilité, une vraie réponse sonore et visuelle. Chaque impact est lisible, chaque mouvement compte, et le jeu réussit cette alchimie rare entre précision technique et plaisir presque instinctif. Le studio conserve cette capacité à rendre chaque échange de tirs intense sans forcément sombrer dans la surenchère permanente. Là où d’autres shooters misent sur le chaos, Marathon préfère la tension. Le joueur n’est pas seulement encouragé à viser juste, mais à penser la lecture d’un affrontement, à anticiper les déplacements, à gérer l’espace, à comprendre quand engager ou décrocher. Cette approche donne aux parties une saveur particulière. Le jeu ne récompense pas seulement l’agressivité, mais aussi l’intelligence de situation. Cette dimension tactique n’éteint jamais la nervosité générale, au contraire, elle la renforce. Quand une rencontre tourne à l’avantage du joueur, la satisfaction vient autant de l’exécution que de la décision initiale. La qualité du gameplay pur permet à Marathon de traverser ses moments plus discutables. Même lorsqu’une partie se termine brutalement, même lorsqu’une perte semble injuste, le plaisir du contrôle reste intact. C’est souvent le signe des jeux solides sur la durée. Bungie connaît parfaitement la valeur d’une bonne boucle de jeu, et cela se ressent constamment. Le déplacement, la lecture du terrain, la réactivité des combats, l’ergonomie des affrontements, tout cela témoigne d’un savoir-faire que peu de studios peuvent revendiquer avec autant de constance. Marathon n’est peut-être pas toujours accueillant, mais il est rarement médiocre dans son cœur mécanique, et cela change tout. Le véritable pari de Marathon ne se situe pourtant pas seulement dans son gunplay, mais dans la manière dont Bungie structure l’expérience autour de la tension, du risque et de la progression. Le jeu demande de l’investissement. Il faut accepter de perdre, d’apprendre, de revoir ses automatismes et de comprendre un écosystème qui ne se livre pas immédiatement. Pour un public amateur de shooters accessibles et immédiatement gratifiants, cette philosophie peut sembler abrupte. Pour un public en quête d’une expérience plus dense, plus stratégique et moins automatique, elle constitue au contraire une proposition précieuse. Cette exigence donne naissance à des moments de jeu remarquables. Certaines parties génèrent une pression constante, presque palpable, où chaque décision a du poids. Le sentiment de sortir d’une situation compliquée avec du butin, une progression ou simplement la sensation d’avoir mieux lu le jeu qu’auparavant procure un plaisir que peu de titres savent offrir. Il y a dans Marathon une vraie capacité à fabriquer du récit de partie. Une embuscade bien gérée, une fuite improvisée, une confrontation remportée de justesse, un détour risqué qui finit par payer, tout cela crée des souvenirs concrets. C’est souvent là que le jeu devient meilleur que la simple somme de ses mécaniques. Mais cette ambition a aussi un prix. Le titre peut se montrer distant, parfois même trop hermétique. Son onboarding manque de chaleur, sa progression n’offre pas toujours des récompenses perçues comme suffisamment immédiates, et certains systèmes donnent l’impression de privilégier la rigueur conceptuelle au plaisir direct. Autrement dit, Marathon fascine plus facilement qu’il ne séduit. Il impose une relation qui se mérite, ce qui est respectable, mais pas toujours confortable. Dans un jeu pensé pour accrocher sur des dizaines d’heures, cette forme de froideur peut ralentir l’attachement. Le joueur admire alors plus qu’il ne s’enthousiasme vraiment, et cette nuance compte beaucoup au moment de juger l’ensemble.

Une identité forte, mais un équilibre encore discuté sur la durée

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Ce qui rend Marathon particulièrement intéressant, c’est qu’il refuse souvent les solutions faciles. Son identité ne cherche pas à plaire à tout le monde, et cette radicalité mérite d’être saluée. Bungie ne livre pas un produit anonyme calibré pour reproduire des recettes déjà éprouvées. Le studio tente quelque chose. Il construit une ambiance, impose un rythme, valorise la maîtrise, et préfère la cohérence de vision à la flatterie immédiate. Dans un secteur où l’uniformisation guette de nombreux titres multijoueur, cette volonté d’auteur au sein d’une grosse production fait du bien. Pour autant, cette personnalité affirmée ne protège pas le jeu de certains déséquilibres. Sur la durée, Marathon laisse une impression plus contrastée qu’espéré. L’envie d’y revenir est réelle, mais elle s’accompagne parfois d’une légère retenue. Le plaisir du combat est indéniable, l’univers intrigue, les systèmes ont de la profondeur, mais l’ensemble ne transforme pas toujours son exigence en véritable addiction. Il y a des sessions extraordinaires, presque électrisantes, puis d’autres plus mécaniques, plus sèches, où l’on ressent davantage la structure que l’élan. Le jeu peut alors paraître plus cérébral qu’exaltant, comme s’il hésitait parfois entre immersion sensorielle et démonstration de maîtrise. Sur Xbox Series X, la tenue technique renforce néanmoins la crédibilité de l’ensemble. La fluidité, la lisibilité de l’action et le confort général permettent de profiter du travail de Bungie dans de bonnes conditions. Le support met clairement en valeur les qualités du gameplay, ce qui est essentiel pour un titre reposant autant sur la précision et les réflexes. Cela ne gomme pas toutes les réserves liées au rythme global ou à l’équilibre de l’expérience, mais cela garantit un cadre solide pour apprécier ce que Marathon réussit le mieux. Et ce qu’il réussit le mieux reste suffisamment important pour laisser une empreinte durable, même si tout n’est pas encore parfaitement harmonisé.

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Les plus Les moins

Points positifs

  • Gunplay excellent, précis et très satisfaisant
  • Direction artistique forte et immédiatement reconnaissable
  • Tension de jeu réussie, avec de vrais moments mémorables
  • Univers intrigant qui donne envie d’en découvrir davantage
  • Excellente sensation de contrôle sur Xbox Series X

Points négatifs

  • Prise en main et compréhension des systèmes parfois trop abruptes
  • Progression qui peut sembler froide ou peu gratifiante au départ
  • Expérience pas toujours accueillante pour les nouveaux venus
  • Rythme inégal selon les sessions
  • Exigence qui peut freiner l’attachement sur la durée

En conclusion

8
Marathon est un jeu qui se respecte pour ce qu’il ose, mais aussi pour ce qu’il refuse. Bungie ne court pas après l’approbation instantanée. Le studio propose un shooter dense, tendu, stylisé et mécaniquement très convaincant, qui préfère la maîtrise à la facilité. Ce choix donne naissance à une expérience singulière, capable de générer de vrais moments de tension et de satisfaction. En contrepartie, le jeu se montre parfois trop rigide, trop froid, ou trop peu désireux de transformer sa complexité en plaisir immédiatement partageable. Au final, Marathon n’est pas un retour triomphal au sens le plus consensuel du terme. C’est un retour ambitieux, parfois rugueux, souvent passionnant, et suffisamment fort pour s’imposer comme une proposition à part dans le paysage actuel. Tout n’y est pas encore parfaitement équilibré, mais le jeu possède cette qualité devenue rare de laisser une impression forte. Il ne se contente pas d’être compétent. Il cherche à avoir une identité, une densité, une allure. Et même lorsqu’il agace, il continue de donner le sentiment d’affronter une œuvre qui a quelque chose à défendre.

Testé par Anthony TAELMAN (Tùni)

Tùni
"Joueur depuis ma plus tendre enfance, j'ai pris la première claque de ma vie en 1996 avec Resident Evil. Créateur en 2012 de CN Play, et toujours à sa tête, mon expérience de nombreuses années dans le domaine du jeu vidéo est maintenant au service de ma talentueuse équipe."
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