Une descente dans la machine
CloverPit fait partie de ces jeux indépendants qui semblent simples au premier regard, presque absurdes dans leur concept, avant de révéler une vraie mécanique d’obsession. Le principe repose sur une idée aussi directe que malsaine : enfermé dans une cellule rouillée, le joueur doit utiliser une machine à sous pour rembourser une dette qui augmente sans cesse, sous peine de tomber dans le vide à la fin d’une manche ratée. Le jeu de Panik Arcade se présente comme un roguelite de machine à sous horrifique, sans argent réel, avec une boucle pensée pour être comprise, manipulée, puis complètement cassée par les synergies d’objets et de charmes. Son DLC Unholy Fusion, sorti le 9 avril 2026, ajoute notamment la Surgery Machine, une machine permettant de fusionner des charmes pour créer des bibelots plus puissants, ainsi que 30 charmes de fusion, 11 nouveaux charmes, 4 modificateurs de symboles, 7 cartes mémoire et une finale secrète.
Une boucle de jeu sale, nerveuse et étonnamment stratégique
Ce qui frappe d’abord dans CloverPit, c’est sa capacité à transformer une action répétitive en tension permanente. Tirer un levier, regarder les symboles tomber, récupérer des pièces, payer une dette, recommencer : sur le papier, la boucle pourrait sembler pauvre. Pourtant, tout repose sur la manière dont le jeu fait évoluer cette routine. Chaque tour n’est pas seulement un pari contre la machine, c’est une tentative de reprendre le contrôle sur un système qui semble conçu pour écraser le joueur. La dette agit comme un compte à rebours psychologique. Elle ne laisse jamais vraiment respirer. Même lorsqu’une manche paraît confortable, une mauvaise décision d’achat, une série de tirages faibles ou une synergie mal comprise peut ramener la partie au bord du gouffre. C’est là que CloverPit devient plus intéressant qu’un simple jeu de chance. Les charmes, les effets passifs, les multiplicateurs et les interactions entre symboles donnent progressivement l’impression de tricher avec les règles. Le plaisir ne vient pas seulement du gain, mais du moment où une stratégie commence à dérailler dans le bon sens. Une combinaison modeste peut soudain devenir ridicule, puis incontrôlable, puis presque comique dans sa violence mathématique. Le jeu possède ce goût particulier des roguelites réussis : perdre ne ressemble pas toujours à une punition, mais à une leçon. Une partie ratée donne envie d’en relancer une autre, non pas parce que la victoire semble garantie, mais parce qu’une autre piste vient d’apparaître dans l’esprit. Faut-il privilégier un charme stable ou tenter un objet plus risqué ? Faut-il investir tout de suite ou garder une réserve pour la prochaine dette ? Faut-il construire autour d’un symbole précis ou rester flexible ? Ces questions simples donnent au jeu une vraie colonne vertébrale. En revanche, son approche volontairement brutale peut aussi fatiguer. Les débuts sont parfois secs, certaines pertes donnent l’impression d’avoir été décidées par une série de tirages cruels, et le jeu ne fait pas toujours l’effort d’accompagner clairement le joueur. Mais cette rugosité participe aussi à son identité. CloverPit n’est pas un roguelite confortable. C’est un jeu nerveux, moite, presque hostile, qui trouve son charme dans la sensation d’être coincé face à une machine trop bruyante, trop généreuse une minute, trop sadique la suivante. L’habillage de CloverPit joue un rôle essentiel dans son efficacité. Le jeu aurait pu se contenter d’être un roguelite abstrait avec des chiffres, des icônes et des bonus. À la place, il enferme toute son expérience dans un espace oppressant, presque répugnant, où chaque élément semble avoir été conçu pour rendre la partie inconfortable. La cellule, l’automate, les lumières agressives, l’esthétique crasseuse et l’ambiance sonore donnent une personnalité très forte à l’ensemble. Rien ne cherche vraiment la beauté classique. Le jeu préfère l’impact immédiat, le malaise, le bruit sec d’un système qui avale et recrache des espoirs. Cette direction artistique sert parfaitement le propos. La machine à sous n’est pas présentée comme un objet glamour ou excitant, mais comme un piège mécanique. Elle attire parce qu’elle promet une sortie, puis rappelle sans cesse qu’elle est aussi la source du problème. C’est une excellente idée de design, car elle permet au jeu de créer une contradiction permanente. La partie donne envie de faire tourner la machine, tout en gardant l’impression de nourrir quelque chose de malsain. Ce mélange entre plaisir ludique et inconfort donne à CloverPit une saveur particulière, proche d’un cauchemar arcade. Le son participe énormément à cette sensation. Les jingles, les pièces, les bruits de validation et les ruptures plus inquiétantes forment une sorte de langage. Quand tout s’emballe, le jeu devient presque hypnotique. Quand tout s’effondre, le silence ou la sécheresse des retours visuels rend la défaite plus brutale. Le rythme est aussi très bien pensé pour les sessions courtes. Une partie peut se lancer rapidement, progresser en quelques minutes et produire suffisamment de variations pour ne pas donner l’impression de répéter exactement le même trajet. Pourtant, cette force devient aussi une limite sur de longues sessions. L’environnement fermé, la pression constante et la répétition des mêmes gestes peuvent provoquer une saturation. Le jeu mise tellement sur son atmosphère claustrophobe que certains joueurs pourront ressentir une forme d’épuisement visuel et mental. Ce n’est pas forcément un défaut absolu, car l’expérience semble pensée comme une spirale, mais cela peut empêcher CloverPit de devenir un jeu de détente pure. Il se savoure mieux par blocs, avec cette envie de revenir plus tard pour essayer une construction différente, plutôt que comme un titre à enchaîner pendant des heures sans pause.
Unholy Fusion, un DLC qui pousse la folie plus loin
Unholy Fusion fonctionne parce qu’il comprend précisément ce qui rend CloverPit amusant : la sensation de dépasser les limites autorisées. La Surgery Machine est une addition très cohérente. Fusionner des charmes pour créer un objet plus puissant ne change pas seulement la puissance brute d’une partie, cela modifie la manière de penser une construction. Dans le jeu de base, une run repose déjà sur l’accumulation de petits avantages qui finissent par former une machine économique absurde. Avec le DLC, cette logique devient plus agressive. Les fusions encouragent à regarder les charmes non plus comme des bonus isolés, mais comme des pièces pouvant être sacrifiées, combinées ou transformées en fondation centrale d’un build. Cela donne une nouvelle épaisseur aux choix. Un objet moyen peut devenir intéressant parce qu’il ouvre une fusion. Un charme puissant peut être conservé non pas pour son effet immédiat, mais pour ce qu’il pourrait devenir plus tard. Cette logique de transformation donne au DLC une vraie utilité, surtout pour les joueurs qui connaissent déjà bien la boucle de base. Les 30 charmes de fusion apportent ce sentiment de découverte indispensable à une extension de roguelite. Ils ne se contentent pas d’ajouter des nombres plus grands. Les meilleurs effets changent la lecture d’une partie et donnent envie de tester des approches moins prudentes. Les nouveaux charmes, modificateurs de symboles et cartes mémoire renforcent aussi la variété, même si l’ensemble ne gomme pas totalement les faiblesses du jeu principal. Le hasard reste parfois très présent, et certaines combinaisons semblent tellement fortes qu’elles écrasent l’intérêt d’autres options. C’est souvent grisant, mais pas toujours équilibré. Le DLC assume clairement l’idée de casser la machine encore plus fort, ce qui plaira aux amateurs de builds absurdes, mais pourra décevoir ceux qui cherchent un équilibrage plus propre et plus contrôlé. L’autre réserve vient de son positionnement : Unholy Fusion ressemble davantage à une extension de systèmes qu’à une extension narrative massive. La finale secrète ajoute une motivation, mais l’intérêt principal reste mécanique. Il faut donc aimer CloverPit pour ce qu’il est au cœur : un jeu de synergies, d’optimisation sale et de prises de risque. Pour un joueur déjà lassé par la structure de base, le DLC ne transformera pas radicalement l’expérience. Pour un joueur encore accroché à la machine, en revanche, il apporte exactement le bon type de chaos : plus de possibilités, plus de ruptures, plus de raisons de relancer une partie en pensant que cette fois, la combinaison sera encore plus indécente.
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Les plus Les moins
Points positifs
- Une boucle roguelite simple à comprendre, mais riche en synergies
- Une ambiance horrifique et crasseuse très marquée
- Des parties rapides qui donnent facilement envie de recommencer
- Le DLC Unholy Fusion ajoute une vraie couche stratégique avec la fusion de charmes
- Une excellente sensation de montée en puissance quand un build devient incontrôlable
Points négatifs
- Une part de hasard parfois frustrante, surtout en début de partie
- Une répétitivité qui peut se faire sentir lors de longues sessions
- Un manque d’accompagnement pour certains systèmes et interactions
- Quelques déséquilibres dans les combinaisons les plus puissantes
- Le DLC enrichit surtout la mécanique, moins l’univers ou la narration
En conclusion
CloverPit n’est pas un jeu parfaitement équilibré, ni un roguelite d’une profondeur infinie. Il peut être injuste, répétitif, parfois opaque, et son ambiance volontairement étouffante ne conviendra pas à tout le monde. Pourtant, il possède une qualité rare : une identité immédiate. En quelques minutes, il impose son rythme, son malaise, son humour noir et sa logique de spirale. Chaque bonne partie donne l’impression de prendre une revanche sur un système truqué. Chaque mauvaise partie laisse traîner une frustration suffisamment vive pour donner envie de recommencer. Unholy Fusion enrichit cette formule sans la trahir. Le DLC ne cherche pas à remplacer le jeu de base, mais à pousser plus loin son plaisir principal : construire des combinaisons absurdes, faire exploser les compteurs et transformer une machine infernale en outil de domination temporaire. Le résultat reste imparfait, parfois trop dépendant de ses tirages et de ses déséquilibres, mais il a du caractère. Et dans un paysage indépendant souvent rempli de bonnes idées vite oubliées, ce caractère compte énormément. CloverPit et Unholy Fusion forment une expérience sale, tendue, drôle et dangereusement addictive, à condition d’accepter son côté brutal et son envie permanente de jouer avec la frustration.
Testé par Anthony TAELMAN (Tùni)
"Joueur depuis ma plus tendre enfance, j'ai pris la première claque de ma vie en 1996 avec Resident Evil. Créateur en 2012 de CN Play, et toujours à sa tête, mon expérience de nombreuses années dans le domaine du jeu vidéo est maintenant au service de ma talentueuse équipe."