Un retour inattendu pour une curiosité de la PC-Engine

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City Hunter n’est pas le nom qui vient spontanément à l’esprit lorsqu’il s’agit d’évoquer les grands classiques de l’ère 16-bit. Sorti à l’origine en 1990 sur PC-Engine, ce titre inspiré de l’univers de Tsukasa Hōjō appartient à cette catégorie de jeux anciens qui ont davantage marqué une niche de passionnés que le grand public. Son arrivée récente sur Xbox Series, PlayStation 5, Nintendo Switch, Nintendo Switch 2 et PC lui offre donc une seconde chance, avec la promesse de faire découvrir à un nouveau public une adaptation vidéoludique d’une licence culte. C’est sur Steam que cette version a été testée, dans une optique simple : juger si cette réédition repose uniquement sur la nostalgie ou si elle conserve encore un réel intérêt ludique aujourd’hui. Le premier contact avec City Hunter rappelle immédiatement son âge, mais aussi une certaine forme de charme brut propre aux productions du début des années 90. Le jeu ne cherche jamais à masquer ses origines. Son rythme, sa structure, son animation et même sa manière de concevoir l’action renvoient à une époque où l’efficacité immédiate primait sur la sophistication. Cela ne joue pas forcément en sa défaveur, car il existe un vrai plaisir à redécouvrir ce type de titre sans filtre moderne. Encore faut-il accepter une proposition plus raide, plus sèche, parfois plus ingrate. Cette réédition n’est pas un remake, ni une relecture modernisée, mais bien le retour d’un morceau d’histoire vidéoludique presque intact. Et c’est précisément ce choix qui fait à la fois sa force et sa limite.

Une adaptation d’époque au parfum très rétro

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City Hunter s’inscrit pleinement dans la logique des adaptations de licence de son temps. L’objectif n’est pas tant de raconter avec finesse les aventures de Ryo Saeba que de proposer une transposition rapide, lisible et immédiatement identifiable de son univers. Cela se ressent dans la mise en scène, dans les sprites, mais aussi dans le ton général du jeu, qui évoque la série sans chercher à en reproduire toute la richesse. Le résultat a quelque chose de rudimentaire, mais aussi d’attachant. Le joueur retrouve une ambiance urbaine, une action directe et quelques clins d’œil appréciables pour qui connaît l’œuvre originale. Visuellement, le titre a ce cachet typique de la PC-Engine : des décors simples mais lisibles, des couleurs parfois vives, et des personnages bien dessinés malgré des animations limitées. Il ne faut pas attendre une profusion de détails ni une mise en scène spectaculaire, mais le tout possède une vraie cohérence. Cette esthétique ancienne fait partie intégrante du plaisir. Sur Steam, le port permet surtout d’accéder au jeu dans de bonnes conditions de confort, avec une exécution propre, sans que l’habillage technique vienne trahir le matériau d’origine. Le cœur de l’expérience reste résolument rétro, et c’est exactement ce qui lui donne son identité. Il faut cependant souligner que cette fidélité a un prix. Pour un public contemporain, City Hunter peut sembler extrêmement sec dans sa présentation. Il n’y a ni véritable montée en puissance narrative, ni pédagogie, ni souplesse dans la manière d’introduire ses mécaniques. Le jeu lance son action sans détour et attend du joueur qu’il s’adapte. C’est une philosophie ancienne, parfois stimulante, parfois frustrante. Pour un site spécialisé, c’est un élément central à rappeler : ce port n’essaie pas de séduire tout le monde, il ressuscite avant tout un jeu d’époque avec ses qualités intactes, mais aussi avec ses rugosités. Manette en main, City Hunter repose sur des bases limpides. Déplacement, tirs, progression dans des niveaux à l’action immédiate : tout est pensé pour aller à l’essentiel. Cette simplicité a du bon, car elle donne au jeu un côté accessible dans son principe. En quelques minutes, les règles sont assimilées. Le problème vient moins de la compréhension que de l’exécution. Comme beaucoup de productions de cette période, City Hunter demande une certaine tolérance envers une maniabilité plus rigide que précise. Les sauts, les réactions du personnage et la gestion des ennemis peuvent parfois donner l’impression de lutter autant contre le game design que contre les dangers à l’écran. Ce manque de souplesse n’empêche pas totalement le plaisir. Il existe même une satisfaction réelle lorsque l’on commence à comprendre le rythme du jeu, à anticiper les placements et à mieux lire les situations. City Hunter devient alors plus intéressant qu’il n’y paraît au premier abord. Derrière sa façade modeste, il propose un déroulé assez honnête, avec une difficulté qui demande concentration et mémorisation. Le jeu ne brille pas par sa variété folle, mais il sait instaurer cette tension typique des old school action games, où chaque erreur se paie rapidement. Cette exigence peut séduire les amateurs de rétro authentique. En revanche, il faut reconnaître que certaines limites pèsent davantage aujourd’hui qu’en 1990. Le gameplay manque parfois de fluidité, la précision n’est pas toujours au niveau espéré, et certains passages reposent plus sur l’habitude que sur une sensation de maîtrise parfaite. À cela s’ajoute une répétitivité sensible dans la progression, qui rappelle que l’on a affaire à une production de licence avant tout conçue pour être efficace et identifiable, pas forcément profonde sur la durée. Le plaisir est donc réel, mais il reste conditionné par l’acceptation d’un cadre très daté. Ceux qui espèrent une redécouverte transcendante risquent d’y voir surtout une relique sympathique. Ceux qui aiment fouiller l’histoire du jeu vidéo y trouveront une pièce intéressante, avec ses aspérités.

Un port utile, mais qui ne transforme pas la nature du jeu

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La grande question autour de cette ressortie concerne moins City Hunter lui-même que l’intérêt de ce port en 2026. Sur ce point, la version Steam remplit sa mission essentielle : rendre le jeu disponible, jouable facilement et préservé dans des conditions modernes. C’est déjà beaucoup. Trop de titres de cette époque restent difficiles d’accès, perdus sur des machines anciennes ou confinés au marché de l’import. Pouvoir lancer City Hunter sur PC sans contrainte matérielle constitue donc une vraie bonne nouvelle pour la conservation du patrimoine vidéoludique, mais aussi pour la curiosité des joueurs qui souhaitent explorer autre chose que les classiques habituels. Cela dit, ce port ne métamorphose pas l’expérience. Et c’est sans doute l’élément le plus important à garder en tête. City Hunter ne devient pas soudain un incontournable oublié, ni un chef-d’œuvre caché que l’histoire aurait injustement effacé. Il reste ce qu’il a toujours été : un jeu d’action rétro modeste, attaché à une licence forte, intéressant par son contexte, par son ambiance et par sa sincérité, mais limité dans sa profondeur et dans son confort de jeu. L’intérêt de cette nouvelle sortie réside donc autant dans la découverte historique que dans le plaisir ludique pur. Pour un public spécialisé, cette distinction est essentielle. Le jeu mérite d’être regardé avec un double prisme. D’un côté, il s’agit d’une archive jouable, d’un témoignage très concret de ce que pouvait être une adaptation japonaise sur PC-Engine au tournant des années 90. De l’autre, il s’agit d’un produit toujours vendable aujourd’hui, donc forcément confronté aux standards modernes. Et face à ces standards, City Hunter accuse inévitablement son âge. Il n’est pas honteux, il n’est pas mauvais, mais il n’a ni la richesse d’un grand classique intemporel, ni la fluidité d’un jeu rétro modernisé avec soin. Son intérêt est réel, mais ciblé.

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Les plus Les moins

Points positifs

  • Le charme intact d’une vraie production PC-Engine
  • Une curiosité patrimoniale enfin plus accessible
  • L’univers City Hunter reste immédiatement reconnaissable
  • Une action simple et directe, fidèle à son époque
  • Le port Steam permet une découverte confortable du titre

Points négatifs

  • Une maniabilité souvent rigide
  • Un gameplay qui manque de variété sur la durée
  • Une difficulté parfois plus frustrante qu’exigeante
  • Une réalisation datée qui parlera surtout aux amateurs de rétro
  • Peu d’éléments capables de séduire un public moderne non initié

En conclusion

6
City Hunter version Steam n’est pas le genre de port qui bouleverse une ludothèque moderne, mais il a le mérite d’exister et de remettre en lumière un titre peu connu hors des cercles de collectionneurs. L’expérience conserve un charme certain, notamment grâce à son identité très marquée, à son lien avec une licence culte et à cette saveur immédiatement rétro que les productions de la PC-Engine savent encore dégager. En revanche, le jeu traîne aussi toutes les limites de son époque : rigidité, répétitivité, manque de confort et intérêt ludique parfois inégal. Au final, cette ressortie s’adresse avant tout à un public précis. Les amateurs de rétro pur, de curiosités japonaises et de jeux de catalogue y verront une redécouverte appréciable. Les joueurs en quête d’un action game ancien mais toujours irrésistible risquent en revanche de rester à distance. Ce City Hunter vaut surtout pour ce qu’il représente et pour l’ambiance qu’il conserve, davantage que pour son gameplay pris isolément. Une réédition honnête, intéressante dans une logique patrimoniale, mais qui ne suffit pas à faire de ce titre oublié un indispensable.

Testé par Anthony TAELMAN (Tùni)

Tùni
"Joueur depuis ma plus tendre enfance, j'ai pris la première claque de ma vie en 1996 avec Resident Evil. Créateur en 2012 de CN Play, et toujours à sa tête, mon expérience de nombreuses années dans le domaine du jeu vidéo est maintenant au service de ma talentueuse équipe."
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