Quand le rétro refait surface, la question du sens se pose

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Dans le paysage vidéoludique contemporain dominé par les open-world tentaculaires, les graphismes photoréalistes et les expériences narratives ambitieuses, voir réapparaître un titre comme Ridge Racer par le biais de la collection Arcade Archives 2 peut susciter autant de curiosité que de perplexité. Il s’agit d’un pur produit de l’ère arcade, né en 1993, qui faisait tourner les têtes dans les salles obscures grâce à son ambiance survoltée et ses bornes impressionnantes équipées de volants et pédales. Cette nouvelle version n’est pas un remake, ni même une remasterisation, mais une réédition brute, fidèle à l’original. Une capsule temporelle interactive. Alors, que vaut Ridge Racer en 2025 pour un joueur habitué aux standards modernes ? Peut-il encore captiver, séduire, voire surprendre ? Ce test tente d’y répondre avec lucidité.

Une expérience de conduite pure, radicale et sans filtre

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Le cœur de Ridge Racer reste son gameplay typé arcade, qui rejette toute forme de réalisme au profit du fun immédiat. Ici, la physique n’a que faire des lois de Newton : les voitures dérapent sans effort, glissent dans les virages comme sur une patinoire et peuvent percuter les murs sans perdre leur allure. Ce style de conduite volontairement exagéré fait partie de son ADN. Ce n’est pas une faiblesse, c’est une signature. Le joueur n’apprend pas à conduire, il apprend à jouer avec les limites absurdes du jeu. Cela crée une sensation de contrôle paradoxalement fluide, où la maîtrise passe par le rythme et la mémoire des circuits. Même aujourd’hui, cette approche a quelque chose de rafraîchissant, car elle s’éloigne des mécaniques lourdes des simulations automobiles. Mais elle exige aussi une certaine tolérance aux codes anciens : pas de système de dégâts, pas de météo dynamique, pas d’intelligence artificielle évoluée. Tout est simple, mais rapide, et efficace… à condition d’accepter cette logique. Visuellement, Arcade Archives 2: Ridge Racer n’a subi aucun lifting majeur. L’image a été légèrement adaptée aux écrans modernes (résolution, ratio), mais le jeu reste visuellement très daté. Polygones massifs, textures baveuses, animations rigides : tout est fidèle à l’état brut de 1993. C’est à double tranchant. D’un côté, cela renforce l’aspect "musée interactif", un véritable morceau d’histoire conservé dans sa forme originale. D’un autre, cela risque de rendre l’expérience difficile à apprécier pour ceux qui n’ont pas de lien émotionnel avec cette époque. Les décors sont peu variés, l’environnement manque de vie, et les circuits se ressemblent. Pourtant, une certaine esthétique rétro fonctionne encore, notamment grâce à la direction artistique inspirée de la culture techno et urbaine japonaise du début des années 90. La bande-son, quant à elle, reste un point fort : des morceaux électro acidulés, parfois agressifs, qui donnent une vraie identité sonore au jeu. Ce mélange entre visuel minimaliste et audio survolté crée une ambiance unique, presque nostalgique.

Un contenu famélique, assumé comme un retour à l’essentiel

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Là où cette réédition montre ses plus grosses limites, c’est dans son offre de contenu. Le jeu propose un seul circuit décliné en plusieurs variations de longueur ou de tracé, quelques voitures à débloquer (aux performances similaires), et aucun mode de jeu supplémentaire. Pas de campagne, pas de progression, pas de scénario ni d’objectifs autres que battre son temps ou celui des autres en local. Il n’y a même pas de mode multijoueur en ligne, ce qui aurait pourtant permis de redonner un peu de souffle au concept. Le jeu est pensé pour de courtes sessions intenses, pas pour une expérience longue ou évolutive. Cela peut convenir à certains profils de joueurs : ceux qui veulent une dose rapide de nostalgie ou qui aiment se mesurer au chronomètre de manière répétitive. Mais pour beaucoup, cela risque de tourner en rond assez vite. Ce n’est pas un jeu à découvrir, c’est un jeu à revisiter. Une relique qui ne cherche pas à se moderniser, mais à rappeler ce qu’était l’arcade à son âge d’or : simple, directe, brutale.

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Les plus Les moins

Points positifs

  • Gameplay arcade toujours aussi nerveux et instinctif
  • Fidélité totale à l’expérience d’origine
  • Bande-son techno efficace et immersive
  • Interface claire et bien adaptée aux consoles actuelles
  • Un vrai document vidéoludique, brut et sincère

Points négatifs

  • Aucun ajout de contenu moderne (multijoueur, carrière, défis…)
  • Graphismes très datés, peu attrayants pour un nouveau public
  • Faible variété de circuits et de véhicules
  • Rejouabilité limitée hors du score attack
  • Absence totale d’options de personnalisation ou de progression

En conclusion

7
Arcade Archives 2: Ridge Racer n’est pas une tentative de remettre la série sur les rails du succès. Ce n’est pas un reboot, ni un hommage repensé. C’est un portage intégral, volontairement figé, qui assume son âge et ses limites. Il se destine à un public bien précis : les passionnés d’arcade, les collectionneurs numériques, ou les curieux de l’histoire du jeu vidéo. Pour ce public-là, c’est un retour précieux, presque émouvant, qui permet de retrouver des sensations oubliées. Mais pour les autres, notamment les joueurs modernes à la recherche de profondeur, de diversité ou de finition technique, le titre risque de paraître vide, répétitif, voire anecdotique. En somme, Ridge Racer dans Arcade Archives 2 est une archive jouable plus qu’un jeu à proprement parler. Sa valeur dépend entièrement du regard que l’on pose sur lui : nostalgique ou critique.

Testé par Anthony TAELMAN (Tùni)

Tùni
"Joueur depuis ma plus tendre enfance, j'ai pris la première claque de ma vie en 1996 avec Resident Evil. Créateur en 2012 de CN Play, et toujours à sa tête, mon expérience de nombreuses années dans le domaine du jeu vidéo est maintenant au service de ma talentueuse équipe."
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